Créer sa société

Mis à jour le 6 août 2026 · 8 min de lecture

Ouvrir un compte professionnel au Luxembourg — pourquoi c’est l’étape qui bloque.

La réponse courte, et elle déplaît : personne ne peut vous promettre un compte. L’ABBL, qui fédère les banques de la place, écrit noir sur blanc qu’il n’existe aucune obligation d’ouvrir un compte professionnel au Luxembourg — la décision appartient à chaque établissement. Ce qui se prépare, en revanche, c’est un dossier qui ne laisse aucune question sans réponse : bénéficiaires effectifs, origine des fonds, cohérence économique du projet. Pour une SARL, ce compte a d’abord une fonction précise — recevoir les 12 000 € de capital et permettre l’émission du certificat de blocage que le notaire exige. Comptez en semaines plutôt qu’en jours, à titre indicatif.

Au moment de la constitution, ce n’est pas un compte courant

Première confusion à lever : le compte que vous ouvrez pour créer une SARL ne sert pas à encaisser vos premiers clients. C’est un compte au nom de la société en formation, ouvert sur présentation du projet de statuts et des pièces d’identité des représentants et mandataires, et bloqué jusqu’à la constitution.

Chronologie du compte au moment de la constitution d’une SARL
ÉtapeCe qui se passeDocument produit
Projet de statutsLa banque ouvre un compte au nom de la société à créer, sur remise du projet de statuts et des pièces d’identité des représentants et mandataires.
Versement du capitalLe capital d’une SARL — 12 000 € au minimum — doit être entièrement souscrit et entièrement libéré au moment de la constitution.
BlocageLa banque s’engage à bloquer les fonds jusqu’à la constitution définitive de la société.Certificat de blocage (banque)
Acte de constitutionLe notaire constitue la société au vu du certificat de blocage.Acte notarié
DéblocageLa banque libère les fonds après remise du certificat de déblocage, des statuts définitifs et des informations sur les bénéficiaires économiques.Certificat de déblocage (notaire)

Deux conséquences pratiques. D’abord, verser les 12 000 € ne « débloque » rien tant que la banque n’a pas achevé ses vérifications : elle doit identifier les fondateurs et comprendre l’origine des fonds servant à constituer le capital, et empêcher toute sortie avant la fin de ce contrôle. Ensuite, cet argent n’est pas une dépense — il devient la trésorerie de la société une fois débloqué, comme le détaille notre guide du coût réel d’une création.

La SARL-S suit une autre logique : elle se constitue par acte sous seing privé, sans notaire, avec un capital de 1 € à 12 000 € lui aussi entièrement souscrit et libéré à la constitution. La séquence certificat de blocage / certificat de déblocage est arrimée à l’acte notarié ; pour une SARL-S, l’exigence exacte de l’établissement se vérifie au cas par cas. Le compte, lui, reste indispensable dès l’exploitation. Le choix entre les deux formes est traité dans le guide SARL ou SARL-S.

Pourquoi c’est long : la banque exécute une obligation légale

L’instruction n’est pas de la mauvaise volonté. Les demandes d’information découlent des règles de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, qui imposent à la banque de s’assurer de la légitimité des fonds utilisés pour constituer la société. Le cadre luxembourgeois repose sur la loi modifiée du 12 novembre 2004, sous la supervision de la CSSF ; l’identification du client et du bénéficiaire effectif doit intervenir avant l’entrée en relation.

Concrètement, cela prend la forme d’un questionnaire d’onboarding : identification de la société, de ses dirigeants et de toute personne impliquée dans la relation, vérification du ou des bénéficiaires effectifs, description des activités futures, objectif et nature de la relation d’affaires, origine des fonds et, selon les circonstances, origine du patrimoine des bénéficiaires effectifs. Chaque réponse ouvre potentiellement une demande de pièce justificative.

Le fait que personne n’affiche

« Il n’y a pas d’obligation d’ouverture de compte professionnel au Luxembourg » — ABBL, vademecum « Réussissez l’ouverture de votre compte bancaire », décembre 2024. Chaque banque a l’obligation légale de formaliser une politique d’acceptation des clients, et chacune peut établir sa propre liste de pays à haut risque, au-delà des listes officielles. Aucun prestataire ne peut donc promettre qu’une banque dira oui, ni sous quel délai — nous non plus.

Ce qui fait qu’une banque dit non

L’ABBL énumère les facteurs de risque que ses membres pondèrent : origine géographique du client ou lien particulier avec certains pays, produits et transactions traités, localisation des clients, origine des fonds, implication de personnes politiquement exposées, complexité de la structure juridique. Traduit en motifs de refus concrets :

Motifs de refus les plus fréquents et ce qui les désamorce
Ce que la banque regardeCe qui coinceCe qui le désamorce
Origine des fondsUn capital dont la provenance n’est ni documentée ni cohérente avec le profil du dirigeant.Distinguer la source des fonds (l’activité qui a généré l’argent) de la source du patrimoine, pièces à l’appui : bilan, acte de cession, résolution de distribution de dividendes.
Cohérence du projetUne activité sans lien avec le parcours du dirigeant, ou des montants annoncés qui ne collent pas au modèle.Une note d’activité ou un plan d’affaires avec prévisions de revenus — attendu pour toute société récemment créée.
Forme juridiqueUne structure inadaptée à l’activité visée : l’ABBL prévient que cela peut entraîner des retards, voire une décision négative.Confirmer la forme avec les professionnels compétents avant d’ouvrir le dossier bancaire.
Bénéficiaires effectifsDétention opaque, chaîne de holdings non expliquée. Si aucun bénéficiaire effectif n’est identifié, la relation d’affaires ne peut pas être établie.Organigramme récent avec pourcentages de détention, extrait du registre des bénéficiaires effectifs, formulaire UBO daté et signé.
GéographieRésidence, clients, fournisseurs ou flux dans des pays que l’établissement classe à risque — chaque banque tient sa propre liste.Cartographier dès le questionnaire les pays d’activité, les contreparties et les volumes attendus.
Substance au LuxembourgUne adresse sans occupation effective, aucun moyen d’exploitation local, un siège qui ne correspond à aucune réalité.Un lieu d’exploitation réel et vérifiable, cohérent avec l’activité déclarée et avec le reste du dossier.
Secteur sensibleActifs numériques, jeux, certains négoces, personnes politiquement exposées : vigilance renforcée, parfois refus de principe.Sonder l’appétit du secteur en amont. Les activités du secteur financier relèvent d’autorités spécialisées (CSSF) et sortent du périmètre d’OPENN.

Le reste se joue sur la cohérence documentaire. Deux informations qui ne concordent pas d’une pièce à l’autre — une adresse, une répartition de parts, un prévisionnel — suffisent à relancer un cycle de questions et à décaler l’ensemble. Et la relation reste révisable après l’ouverture : l’ABBL rappelle que le défaut de dépôt des comptes annuels au Registre de commerce et des sociétés peut peser sur la relation d’affaires.

Le dossier qui ne laisse pas de question sans réponse

En décembre 2024, l’ABBL a publié avec ses membres — et après consultation de la CSSF — la liste des exigences minimales d’identification pour l’ouverture d’un compte professionnel. C’est le socle sur lequel un dossier se construit :

Checklist KYC de base pour une société commerciale (standard minimum ABBL, décembre 2024)
BlocPièces et informations attendues
Identification de la sociétéStatuts ou document constitutif équivalent, extrait récent du Registre de commerce et des sociétés, forme juridique, pays et date de constitution, siège social, coordonnées.
Profil commercial et transactionnelPays et secteurs d’activité (code NACE), volumes, fréquence et pays des transactions attendues. Pour une société récente : prévisions de revenus ou plan d’affaires.
Origine des fondsOrigine opérationnelle, géographique et économique des fonds. Documents fiables et indépendants pour corroborer : bilan, accord de vente, flux de trésorerie, résolution de distribution.
Bénéficiaires effectifsExtrait récent du registre des bénéficiaires effectifs, formulaire UBO signé par les représentants légaux, pièce d’identité valide, preuve de résidence si demandée.
ActionnariatOrganigramme récent indiquant les pourcentages de détention et les éventuelles holdings intermédiaires ; registre des associés selon les cas.
Gestion et signatairesListe des administrateurs et dirigeants, liste des signataires autorisés avec spécimens de signature, procurations, pièces d’identité de chacun.
FATCA / CRSAuto-certification du statut fiscal de la société, numéro d’identification fiscale, formulaires américains (W9, W8-BEN) le cas échéant.

À cela s’ajoute une obligation propre à la société : les entités inscrites au Registre de commerce déclarent leurs bénéficiaires effectifs au registre dédié dans un délai d’un mois à compter du moment où l’information est connue — le manquement est passible d’une sanction administrative.

Ce qui joue contre nous

Ce vademecum est public, gratuit et téléchargeable depuis guichet.public.lu ; l’ABBL tient par ailleurs à jour une liste de personnes de contact dédiées dans les banques de la place. Rien ne vous empêche de monter ce dossier vous-même. Ce que nous vendons n’est pas un accès privilégié à une banque — c’est un dossier structuré, cohérent d’une pièce à l’autre, et quelqu’un qui le tient à jour pendant que vous faites autre chose.

Non-résident : plus de pièces, plus de vérifications

Créer depuis la France, la Belgique ou ailleurs ne ferme aucune porte, mais change l’instruction. L’entrée en relation sans présence physique est expressément prévue par la réglementation luxembourgeoise — à condition que l’établissement mette en place des mesures spécifiques et adéquates pour compenser le risque accru. En clair : davantage de pièces, des questions plus précises, et selon les établissements un entretien sur place.

Trois points se préparent en amont. La preuve de résidence de chaque bénéficiaire effectif, que la banque peut exiger en plus de la pièce d’identité. La cohérence géographique entre votre lieu de vie, vos clients et votre lieu d’exploitation. Et la réponse à la question qui vient toujours : pourquoi le Luxembourg ? — un marché, un client, un fournisseur, une implantation. Une réponse fiscale seule tient rarement la discussion. Le détail des pièces supplémentaires est dans le guide créer depuis la France.

Néobanques et établissements de paiement : utiles, mais pas partout

Les établissements de paiement et de monnaie électronique sont souvent plus rapides à l’entrée et parfaitement adaptés à l’exploitation courante — encaissements, cartes, virements. Deux réserves avant d’en faire la pièce maîtresse d’un calendrier de constitution.

  • Le certificat de blocage n’est pas universel. Tous ces établissements n’en émettent pas pour une constitution avec capital. Cela se vérifie au cas par cas, auprès de l’établissement et du notaire, avant de s’engager sur une date.
  • Les obligations anti-blanchiment sont les mêmes. Établissements de paiement et de monnaie électronique relèvent du même cadre de vigilance. Un dossier faible ne passe pas mieux ailleurs : il passe seulement plus tard, ou pas.

Restent à votre charge : le capital social (il reste votre argent), les éventuels frais bancaires de l'établissement que vous choisissez, et les frais officiels dus aux administrations (immatriculation RCS / LBR, droit d'enregistrement, droit de chancellerie, déclaration RBE). Les honoraires de notaire, eux, sont compris dans le pack SARL.

Ce que fait OPENN — et ce qu’il ne fait pas

L’assistance bancaire est comprise dans les formules de création de société, sans supplément : elle fait partie d’un dossier sérieux, pas d’un catalogue d’options.

Ce que chaque formule OPENN prévoit côté banque
FormuleCe qui est prévu côté banquePrix HTVA
Création SARL-S1 990 €
Création SARL4 990 €

Ce que cela recouvre : réunir et vérifier les pièces du bloc KYC, écrire la note d’activité et le prévisionnel dans un langage que le comité de crédit lit sans reformuler, documenter l’origine des fonds, aligner l’organigramme de détention sur les statuts, puis suivre les demandes complémentaires jusqu’à la décision. Le déroulé complet est sur la page Comment ça marche et le détail des formules sur Tarifs. Une structure de détention, un transfert de société ou une activité à autorisation spécifique relèvent de l’étude sur mesure.

Ce que cela ne recouvre pas, et qu’aucun prestataire ne peut recouvrir : la décision. OPENN ne garantit ni l’ouverture d’un compte, ni un délai. La décision appartient à la banque, comme l’acte appartient au notaire et l’autorisation au ministère.

Questions fréquentes sur le compte professionnel

Cela se compte en semaines plutôt qu’en jours, et l’ordre de grandeur reste indicatif : chaque établissement instruit selon sa propre politique d’acceptation et son évaluation du risque. Le facteur qui pèse le plus est la qualité du dossier — un dossier complet et cohérent dès le départ évite les cycles de questions qui allongent tout. Aucun délai ne peut être annoncé comme ferme.

Oui. L’Association des Banques et Banquiers, Luxembourg (ABBL) rappelle qu’il n’existe pas d’obligation d’ouverture de compte professionnel au Luxembourg : chaque banque décide, dans le cadre d’une politique d’acceptation des clients qu’elle a l’obligation légale de formaliser. Un refus n’est pas définitif pour autant — un autre établissement peut avoir un appétit différent pour votre secteur ou votre géographie.

Le capital d’une SARL — 12 000 € au minimum — doit être entièrement souscrit et entièrement libéré au moment de la constitution. En pratique, les fonds sont versés sur un compte ouvert au nom de la société en formation et la banque émet un certificat de blocage par lequel elle s’engage à bloquer les fonds jusqu’à la constitution définitive (Guichet.lu). Le notaire s’appuie sur ce document, puis délivre un certificat de déblocage après l’acte.

Oui, mais l’entrée en relation à distance est un facteur de risque identifié : la réglementation impose à l’établissement des mesures spécifiques et adéquates pour le compenser. Concrètement, attendez-vous à davantage de pièces, à des questions plus précises sur l’origine des fonds et le lien économique avec le Luxembourg, à des délais indicatifs plus longs, et selon les établissements à un entretien sur place.

Pour l’exploitation courante, souvent oui. Pour une constitution avec capital, non nécessairement : tous les établissements de paiement ou de monnaie électronique n’émettent pas de certificat de blocage. Cela se vérifie au cas par cas, auprès de l’établissement et du notaire, avant de bâtir un calendrier dessus. Et les obligations de vigilance anti-blanchiment s’appliquent de la même manière.

Sources consultées en août 2026 : Guichet.lu (blocage du capital social, SARL, SARL-S), vademecum ABBL « Réussissez l’ouverture de votre compte bancaire — entreprises commerciales » (décembre 2024, publié sur guichet.public.lu), loi modifiée du 12 novembre 2004 relative à la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme et circulaires CSSF. Les pratiques varient d’un établissement à l’autre et les ordres de grandeur cités sont indicatifs. Ces informations ne constituent pas un conseil juridique ni fiscal. OPENN est une plateforme d’accompagnement administratif. OPENN n’est ni un cabinet d’avocats, ni un notaire, ni une banque, ni une fiduciaire. Les validations finales dépendent des partenaires concernés. Délais indicatifs.

Et pour votre projet, ça donne quoi ?

Neuf questions, sans compte : la structure adaptée, le coût de l’accompagnement OPENN et les frais à prévoir. Analyse indicative — les validations finales appartiennent aux partenaires concernés.

À lire ensuite

La banque décide. Le dossier, c’est nous.

Nous préparons et structurons votre dossier bancaire avec le reste de la création — pièces KYC, origine des fonds, note d’activité, détention. Délais indicatifs, décision par l’établissement concerné.

Lancer mon dossier

~3 minutes · complétez ensuite